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À propos de l'Ambassadeur berrah

S.E. Dr Ghoulem Berrah

Scientifique reconnu, Ambassadeur, Conseiller spécial(1965-1993) du Président Félix HOUPHOUĒT-BOIGNY. Avec la disparition Son Excellence le  Dr GHOULEM  BERRAH, l’Afrique perd un diplomate d’un talent exceptionnel, le Monde un artisan infatigable de paix.

 

Un engagement militant pour l’indépendance de l’Algérie.


Né le 29 mai 1938 à Aïn Beida, commune de l’est algérien, il a une enfance heureuse, choyé par sa mère et ses oncles paternels alors qu’il perd très jeune son père. Il obtient le baccalauréat au lycée d’Aumale à Constantine. Etudiant en médecine à Bordeaux, il milite pour la cause algérienne comme membre actif de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens dont il est le président pour la section de Bordeaux. 


En mai 1956,à l'Université d'Alger des étudiants de l’O.A.S tirent sur des étudiants algériens et par solidarité avec leurs frères algériens, les étudiants algériens de France se révoltent et décident d’une grève générale des cours. En conséquence , étroitement surveillé par la Police, Ghoulem Berrah décide de s’évader en Espagne. Aidé par des passeurs, il traverse la frontière en rampant au niveau de Saint-Jean-Pied-de-Port(Pyrénées atlantiques) et se retrouve à Pampelune(Espagne) où il se rend à la Guardia civil. Il est emprisonné plusieurs mois puis conduit à Madrid où il est remis à Abdelkebir EL Fassi Ie  responsable du Parti de l’ISTIQLAL en Espagne.


Il est échangé contre des soldats espagnols faits prisonniers par l’Armée de Libération Marocaine.A son arrivée à Tetouan (Maroc), Ghoulem BERRAH est accueilli par le Docteur EL KHATIB, Chef de l’armée de libération marocaine qui le présente à sa famille avec laquelle il  devient très lié(celle-ci devient sa famille du Maroc). Il l’intègre à sa structure  d’entrainement militaire à la frontière algéro-marocaine ce qui permet la pénétration en Algérie et la coordination de la résistance. 


Il lui est attribué un nom de combat , Dr Mahjoub Ben Abdallah.Il exerce la médecine dans des localités du Maroc dépourvues de médecins(Taounate, Missour…) et en reconnaissance, les habitants lui remettent de l’aide qui est transmise au FLN. Admis comme Interne à l’Hôpital Moulay Youssef de Rabat(Maroc), il poursuit son activité de militant pour l’indépendance de l’Algérie.


 Madame Fatima Hassar (nièce du Docteur EL KHATIB) et son époux, Monsieur Larbi Hassar, l’introduisent auprès des dirigeants de  partis politiques marocains sensibles à la cause algérienne qui lui remettent une aide financière pour le FLN.En mars 1959, Dr BERRAH est invité en Chine en tant que représentant de la jeunesse du FLN et du Tiers monde. Il est reçu par Mao Tsé Toung et Chou en Lai et continue son travail d’information  à travers les universités. 


A son retour, grâce à l’intervention de la Princesse LALLA Aïcha(fille du Roi Mohamed V auprès de qui il est introduit par Mme HASSAR), il obtient dix bourses d’études offertes par le Docteur HAMMOND, Attaché Culturel de l’Ambassade des États-Unis à Rabat, les bourses initialement destinées à des étudiants marocains, ont été attribuées aux étudiants algériens. 


C’est ainsi que Dr Ghoulem BERRAH et neuf autres étudiants algériens se rendent aux Etats-Unis. Il s’inscrit à l’Université de l’Indiana(Bloomington) et obtient un Master en Microbiologie  puis un Doctorat en 1963 dont le sujet est « l’inhibition sélective de l’ADN chez le bactériophage T2 infecté par escherichia coli ». Homme de sciences reconnu ayant publié dans plusieurs Revues « Journal of Bacteriology » en 1961, « Biophysico Acta » en 1963, il devient membre dès 1961 de « American Society of Microbiology », de « British Society of Microbiology », figure sur la liste « American men of science » depuis 1962. Il est membre de « SIGMAXI », « American Association for the Advancement of Science ». 


Au Congrès de Houston de 1963 sur les virus et le cancer, il fait une communication importante sur la transcriptase inverse (et émet l’hypothèse selon laquelle l’existence d’une enzyme responsable de l’information de l’ARN vers l’ADN est nécessaire à certains virus pour induire certaines formes de cancer). Cette enzyme a été isolée en 1970 par H. TEMIN et D. BALTIMORE qui ont obtenu le Prix Nobel de Médecine en 1975.  Après cette communication, il reçoit des propositions des Universités les plus prestigieuses, UCLA, John HOPKINS, US INSITUTE OF HEALTH. Il choisit d’enseigner à la Faculté de Médecine de Yale dont il devient l' un des plus jeunes professeurs. Le Docteur BERRAH a été élu membre permanent de l’Académie des Sciences de New-York en 1983.



UNE RENCONTRE DECISIVE AVEC LE PRESIDENT HOUPHOUËT-BOIGNY 


Tout en poursuivant ses études aux Etats-Unis, Dr  Ghoulem BERRAH  continue son activité militante pour défendre la cause de l’Algérie et se rend régulièrement aux Nations Unies pour suivre l’évolution des débats sur la guerre d’Algérie et s’informer de la situation internationale. En mai 1962, le Président HOUPHOUËT et son épouse, en visite officielle aux USA sont les hôtes d’honneur du couple présidentiel KENNEDY à un dîner d’Etat(State dinner). 


Le Président Ivoirien, par l’intermédiaire de son Ambassadeur Usher ASSOUAN, Représentant permanent de la Côte d’Ivoire aux Nations-Unies(ami de Ghoulem BERRAH depuis Bordeaux), l’a invité à lui rendre visite à son hôtel Le Waldorf Astoria à New-York et, au cours de leur entretien dans une atmosphère tout à fait familiale, lui a posé des questions sur ses études, la Révolution Algérienne, ses projets et lui a dit sans détours, « l’Amérique n’a pas autant besoin de  vous  que  l’Afrique, nous sommes en pleine construction, venez nous aider et lorsque vous serez fatigué, vous serez libre d’aller où vous le souhaitez. Nous avons beaucoup de choses à faire ensemble ». 


Après cette entrevue, il retourne achever sa thèse et conserve des contacts avec le Président HOUPHOUËT. Après l’indépendance, il est retourné dans son Algérie natale où il a rêvé de vivre. Fortement déçu par l’orientation prise par le Président Ben BELLA, son séjour ne dure que dix jours, il repart pour Yale(USA). Tout en poursuivant son enseignement et la recherche, il est décidé à œuvrer  pour un monde meilleur en aidant au développement de l’Afrique, convaincu qu’un niveau égal de développement reste le seul chemin pour la paix et la compréhension entre les hommes. En 1965, il répond à l’appel du Président HOUPHOUËT.
  


UNE DIPLOMATIE ACTIVE ET DISCRETE EN TANT QUE CONSEILLER ET ÉMISSAIRE DU PRESIDENT HOUPHOUËT


Dr  Ghoulem BERRAH a des liens privilégiés avec le Président HOUPHOUËT pour qui il est, selon le moment, un fils « spirituel », un jeune frère, toujours un confident. Il devient son conseiller fidèle, ils ne se sont jamais quittés depuis son arrivée en Côte d’Ivoire en 1965 jusqu’à la mort du Président en 1993. Présent dans tous les domaines aux côtés du Président, c’est dans la diplomatie secrète que son rôle est unique. Il est d’une intelligence exceptionnelle, synthétique, subtile et pratique à la fois, doublée d’un caractère affirmé, chaleureux, affable, courtois mais abrupt quand il le faut, énergique et plein d’humour. 


Ses qualités personnelles et la confiance que lui voue le Président HOUPHOUËT(au Président SADAT en 1977 « Dr BERRAH en qui je place toute ma confiance ») vont déterminer des évènements majeurs. 

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Il commence par œuvrer au rapprochement entre l’Algérie dont il est originaire et la Côte  d’Ivoire, son  pays  d’adoption. 


Il arrive par son talent  à convaincre deux chefs d’Etat que tout  semble  opposer, le  Président BOUMEDIENE, socialiste, militaire de carrière, perçu comme partisan d’une réaction musclée dans les conflits et le Président HOUPHOUËT, plutôt libéral, partisan du dialogue, qu’ils ont des points communs. C’est ainsi qu’après un travail sans relâche du Dr BERRAH, on passe de relations méfiantes et glaciales dans les années 1969(rappel de l’Ambassadeur d’Algérie en Côte d’Ivoire) à une grande amitié entre les deux Chefs d’Etat, amitié scellée dès leur première rencontre en mai 1973 au Xème Sommet de l’O.U.A. à Addis-Abeba et confirmée quelques mois plus tard au Sommet des Non-alignés en septembre 1973 à Alger. 


Porteur de messages confidentiels aux Chefs d’Etats, l’axe Abidjan-Alger permet une consultation constante et une harmonisation des positions sur les problèmes du continent et du monde. Un premier test met à l’épreuve cette amitié toute nouvelle. Nous sommes en pleine guerre du Moyen-Orient en octobre 1973. Le Président BOUMEDIENE contribue en envoyant sur les deux fronts égyptien et syrien, des contingents militaires, une aide substantielle et sensibilise l’Afrique sur la présence des commandos israéliens sur la rive ouest, la rive africaine du Canal de Suez. 


Par solidarité avec l’Egypte, la majorité des pays africains rompent les relations diplomatiques avec Israël. Le Président HOUPHOUËT doute de l’efficacité de cette mesure puisque Israël est armé par les Etats-Unis. Fidèle à son principe de dialogue, il s’est rendu aux Etats-Unis  peu avant la guerre, invité par le Président NIXON. Dans un message au Président BOUMEDIENE le 30 octobre, il indique: « c’est uniquement dans l’esprit et avec l’espoir d’aider à rétablir la paix dans cette région qui en a besoin que j’ai accepté de répondre à l’invitation de NIXON ». 


Il est arrivé le 3 octobre à New-York. La guerre a repris le 6 octobre. « NIXON m’avait invité pour recueillir mes impressions, mon opinion et au cours de nos entretiens, il m’a dit nous savons combien vous êtes attaché à la paix et nous faisons appel à vous pour nous aider à trouver une solution au problème… » et d’ajouter, « Vous pouvez parler à Golda MEIR, elle pourrait vous écouter car vous êtes en dehors de toute influence intérieure ou extérieure ». Il m’a semblé honnête dans sa volonté de faire la paix. Il m’a dit: « dites à vos frères arabes que je ferai tout pour parvenir à une solution. Il ne m’a pas donné de détails ». NIXON m’a dit, « voyez vos frères arabes et dites leur de nous aider à trouver une solution au problème », il m’a dit, « voyez BOUMEDIENE, c’est un chef d’Etat responsable et sage ». 


Dans le même message, le Président HOUPHOUËT poursuit: « je n’ai pas pris contact avec Golda MEIR mais je veux avoir votre confiance pour tenter quelque chose(…). Si mon action ne réussissait pas, je n’hésiterai pas à prendre mes responsabilités, non seulement je romprais mais je prendrais fait et cause et je m’alignerai derrière vous ». En réponse au long message du Président HOUPHOUËT ce 30 octobre 1973, le Président BOUMEDIENE, dans un entretien en tête à tête, s’adresse au Dr Ghoulem BERRAH en ces termes: « nous devons avoir tous et chacun des positions claires. Israël occupe une partie du territoire africain. On ne peut pas dans pareille situation se contenter des promesses de NIXON. Une prise de position officielle, je ne crois pas que ce soit là demander l’impossible. La Côte d’Ivoire est un grand pays et je suis convaincu plus que quiconque de la sincérité de HOUPHOUËT. Il n’est motivé par aucun mobile matériel ou autre. Il est d’une honnêteté politique et d’une probité morale et intellectuelle hors de doute. C’est l’honnêteté faite homme(…) ». 


Le Président BOUMEDIENE poursuit, « si je pensais un seul instant s’il y avait une lueur d’espoir qu’il pouvait faire quelque chose, avec NIXON, si j’avais une lueur d’espoir que Golda MEIR allait l’écouter, je me mettrais derrière lui envers et contre tous. Si je savais qu’isolé il pouvait faire quelque chose, je lui aurais moi-même demander de ne pas rompre. Mais les évènements ont pris un autre cours, la situation est dramatique ».


Dans son message au Président HOUPHOUËT-BOIGNY proprement dit, « avant la guerre du 6 octobre, nous avons débattu de ce problème à Addis-Abeba et je n’ai opposé aucun argument à ce que vous tentez de faire à votre manière, selon votre méthode à vous. Mais aujourd’hui, les choses ont changé et l’arrogance d’Israël n’a d’égale que notre humiliation et la souffrance des populations des théâtres d’opération… ».Le Président BOUMEDIENE reconnaît ainsi, « Votre stratégie nous est nécessaire(…)NIXON défend ses intérêts et sa survie politique et je dois rendre hommage à Madame Golda MEIR qui a dit : « nous n’avons qu’un seul Dieu et un seul ami, l’Amérique ». C’est très clair et c’est à méditer(…). 


C’est l’occasion pour nous de continuer sur cet élan de solidarité Arabo-Africaine, de la consolider et de l’exploiter dans l’intérêt de l’Afrique et du Moyen-Orient» et le Président BOUMEDIENE d’ajouter au Docteur BERRAH, « il est de son devoir sacré de sauvegarder l’unité de l’Afrique, l’unité de notre continent » et de conclure son message au  Président HOUPHOUËT-BOIGNY, « vous HOUPHOUËT-BOIGNY, n’êtes pas comme les autres et c’est pour cela que je m’ouvre à vous aussi. Vous pouvez compter sur mon amitié et quelque soit la décision que vous  prendrez, vous  resterez mon  ami  et jamais  je  ne dirai rien  qui pourrait  vous gêner, mais je ne veux pas que vous soyez mis à l’écart, isolé, alors que je connais votre honnêteté ».


A cela, le Président HOUPHOUËT-BOIGNY répond le lendemain 31 octobre 1973 toujours par l’intermédiaire du Docteur BERRAH, « Je comprends votre position personnelle et je comprends la position de mes frères arabes. Le Caire et Damas sont à portée de boulets de canon. Et la situation est plus dramatique que celle dans laquelle les contacts ont été pris, c’est-à-dire avant la guerre du Ramadan », et d’ajouter, « depuis notre rencontre, je ne suis pas resté inactif. J’ai posé un certain nombre de questions à Golda MEIR. Elle ne pourra certainement pas répondre d’une manière satisfaisante à toutes. Je prendrai la décision dans la clarté. Je me battrai pour l’unité ».


Le 7 novembre 1973, la Côte d’Ivoire annonce la rupture des relations diplomatiques avec Israël. Le 8 novembre, le Président HOUPHOUËT au Président BOUMEDIENE: « je romps par solidarité avec mes frères arabes, beaucoup pour vous qui êtes honnête et par le souci de l’unité de notre continent ». Les consultations se multiplient entre les deux chefs d’Etats, Dr BERRAH explique la politique de dialogue avec l’Afrique du Sud comme stratégie et non comme une complicité ou une capitulation.  


L’influence est mutuelle; c’est ainsi qu’en marge du Sommet Arabe de Rabat d’octobre 1974, le Président BOUMEDIENE envoie un message au Président HOUPHOUËT par l’intermédiaire du Dr BERRAH en ces termes: « (…) dans le même ordre d’idée, je tiens à vous informer que lors de la dernière visite de KISSINGER, j’ai décidé de rétablir les relations diplomatiques avec les américains. Vous avez raison. C’est une grande puissance avec laquelle il faut compter. On ne peut tourner indéfiniment le dos à la réalité et à l’histoire »(les relations diplomatiques sont rompues avec les Etats-Unis à l’initiative du Président BOUMEDIENE en 1967 pendant la guerre des six jours alors qu’un pont aérien achemine des armes des Etats-Unis vers Israël). 


Une fois l’unité arabo-africaine consacrée, pour le Président HOUPHOUËT-BOIGNY, elle ne doit pas être une fin en soi. Cette solidarité arabo-africaine doit aboutir à des résultats concrets. Les Arabes doivent utiliser le pétrole pour aider à la revalorisation du prix de toutes les matières premières, ce qui contribuera au développement de l’Afrique. Les Arabes doivent  également  investor  en Afrique pour aider les pays africains les plus pauvres.Le Président BOUMEDIENE a plaidé auprès des Arabes cette solidarité agissante. 


Une réalisation concrète est l’investissement de capitaux arabes dans la Banque Africaine de Développement dont le siège social est à Abidjan. Il a milité ardemment pour la création d’un nouvel ordre économique international. Le Dr BERRAH a été très actif dans le dialogue arabo-africain. Les missions du Dr BERRAH sont attendues et appréciées par le Président algérien qui en juin 1975, remercie le Président HOUPHOUËT: « d’avoir envoyé notre ami commun, le Dr BERRAH ».



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L’HOMME DES MISSIONS SECRETES


C’est au service de la paix dans le douloureux conflit Israélo-Palestinien que Dr BERRAH a utilisé son talent, sa détermination et sa générosité. Le Président HOUPHOUËT a des contacts avec les Israéliens. Il rencontre en privé le Premier Ministre RABIN. Il entretient d’excellentes relations avec les Etats-Unis. 


C’est dans ce contexte que le Dr BERRAH œuvre au rapprochement entre le Président HOUPHOUËT et les Palestiniens dans le seul but de contribuer à la paix. Il est en contact avec le Docteur Issam SARTAWI,  conseiller du Président de l’O.L.P. qu’il a rencontré à différents sommets de l’O.U.A., il l’introduit auprès du Président HOUPHOUËT et ce dernier devient le lien permanent avec le Président ARAFAT. 


Le Président de l’O.L.P., quoique reconnu grâce au Président BOUMEDIENE par cent  pays présents au Sommet des Non-Alignés à Alger en 1973 et reconnu en 1974 à l’O.N.U. lors de l’Assemblée générale présidée par le Ministre des Affaires Etrangères BOUTEFLIKA, est ignoré des Etats-Unis.C’est dans ces circonstances que Yasser ARAFAT, par l’intermédiaire du Docteur Ghoulem BERRAH, demande au Président HOUPHOUËT d’expliquer aux américains dont il a l’oreille, son désir de paix. 


Ainsi, dans un message au Président HOUPHOUËT le 11 juin 1975, le Président ARAFAT « EL FATH  délègue le Président HOUPHOUËT et lui confie les intérêts palestiniens ». Dans le même message le leader palestinien rappelle notamment : « nous avons toujours été disposés à discuter avec les USA, mais toutes nos avances ont été repoussées », et d’ajouter « nous vous faisons entière confiance, nous vous donnons carte blanche pour leur expliquer notre position et notre désir aussi de rechercher la paix… et leur souhait de voir les Russes et le communisme hors du Moyen-Orient est possible avec la reconnaissance de nos droits ».


Le Président HOUPHOUËT, dans sa réponse émouvante au dirigeant Palestinien par l’intermédiaire de son fidèle conseiller, le Docteur Ghoulem BERRAH: « en m’envoyant une Bible par l’intermédiaire du Docteur SARTAWI, vous m’avez procuré une joie intense. Ce qui me réconforte, c’est la pensée profonde qui vous a inspiré dans le choix de cet inestimable présent. Je ne ménagerai aucun effort en ce qui me concerne, guidé par ma foi inébranlable dans la justice de Dieu pour faire comprendre aux principaux responsables de cette situation, la nécessité absolue si l’on veut que la paix juste et durable règne enfin sur cette terre d’amour où Dieu s’est révélé trois fois aux hommes, la nécessité absolue non seulement d’affirmer comme nous l’entendons trop souvent dire, les droits légitimes des Palestiniens, mais d’installer ces malheureux palestiniens dans leurs droits: qu’ils retrouvent leur patrie perdue », et d’ajouter « j’ai retenu votre désir de venir un jour après la reconnaissance de vos droits, à une entente sincère avec Israël ».


Le Docteur BERRAH multiplie ses déplacements auprès du Président ARAFAT. Le Président ARAFAT  au Président  HOUPHOUËT: « votre représentant a été le seul nonpalestinien à assister à toutes les réunions au Sommet qui ont eu lieu l’été dernier au Caire. J’ai toujours été partisan de la paix et votre envoyé spécial, le Docteur BERRAH  pourra  vous le confirmer, lui qui a vécu auprès de moi deux jours presque entiers les évènements du mois dernier au Liban(11 juin 1975) ». 


Le Président HOUPHOUËT et Dr Ghoulem BERRAH, fidèles à leur conviction de dialogue, continuent leurs bons offices entre les deux parties et  prêchent la négociation directe entre ennemis. Le Président HOUPHOUËT, le 26 août 1975, dans un message au Président Yasser ARAFAT, « dans cette position, qu’il s’agisse de cela ou du dialogue avec l’Afrique du Sud, je n’obéis qu’à ma foi dans la Paix ». Il poursuit  «il n’y a que deux moyens pour résoudre un problème quel qu’il soit, le dialogue ou la guerre. La solution lente avec le dialogue, rapide parfois avec la force. Mais, dans l’histoire, aucune force n’a été éternelle(…) et d’ajouter, « dites à ARAFAT que je resterai jusqu’à ma mort le serviteur de la paix et de la paix juste et durable et c’est pour cela que je continuerai à dire c’est criminel de tourner autour du pot, les Palestiniens doivent récupérer leur terre(…). Pour le moment, j’ai fait comprendre aux Israéliens que pas de paix sans retour des Palestiniens dans leur pays et arrangement avec les seuls Palestiniens(…). Ils se rendent comptent de cette vérité ». 


Dans sa réponse au Président HOUPHOUËT le 2 septembre 1975, le Président ARAFAT ajoute: « le droit suppose une reconnaissance de chacune des parties par l’autre. Ceci est la base logique du dialogue. Nous avons reconnu les israéliens dans notre déclaration de les considérer comme citoyens à part entière, eux refusent de nous reconnaître».


Le Président HOUPHOUËT répond au Président ARAFAT: « le jeu est condamnable. Mais quand on est contraint de jouer, il faut jouer cartes sur table et non sous la table. Je crois…nôtre modestie mise à part, je continuerai, tout espoir n’est pas perdu ». Malgré tout, les Palestiniens font confiance au Président HOUPHOUËT, le Docteur SARTAWI, le 25 août 1975, « toute la direction politique et le peuple palestinien croient en votre foi dans le dialogue, l’amour, la paix et dans la futilité de rompre le dialogue, le contact même entre ennemis ». 


Finalement le dialogue a fini par avoir un écho et les ennemis vont tenter de se rapprocher. Le Général de Réserve israélien Mattityahu PELED dit « Matti PELED », fonde en 1975 avec Uri AVNERY et Aryeh ELIAV, « The Israeli Council For Israeli Palestinian Peace, I.C.I.P.P. », la Charte du mouvement stipule le retrait israélien  des territoires occupés en 1967 et la création d’un Etat Palestinien dans ces territoires et Jérusalem partagée entre les deux Etats. Israéliens et palestiniens finissent par se rencontrer pour la première depuis le début du conflit. 


Les premiers pourparlers secrets ont lieu à Paris en 1976. Sont présents du côté israélien, le  Général PELED(proche du Premier Ministre RABIN qui est à son premier mandat-1974/1977), Uri AVNERY, Aryeh ELIAV, côté  palestinien, le Docteur Issam SARTAWI, conseiller du Président ARAFAT et d’autres et également, le Docteur Ghoulem BERRAH comme représentant personnel du Président HOUPHOUËT. 


Les conséquences sont dramatiques de part et d’autre pour les partisans du dialogue. Le Dr SARTAWI est assassiné à Al Bufeira(Portugal) en 1983 par un palestinien, le Ier Ministre RABIN est assassiné en 1995 par un israélien. Le dialogue a été une étape décisive du côté de l’OLP. Pour le Général PELED, les Accords d’Oslo en 1993 ont été en partie « les fleurs tardives des semences plantées par ses amis et lui dans les années 1970 ».   



UN RÔLE IMPORTANT PENDANT LA GUERRE FROIDE 


Dans un message au Président HOUPHOUËT le 4 juillet 1975, le Président Siad BARRE le remercie d’avoir accepté de jouer le rôle de médiateur entre la France et la Somalie dans la recherche d’une solution honorable au douloureux problème de Djibouti. 


Il rappelle que la situation est explosive et qu’il n’a jamais incité à la révolte. Il indique qu’il n’a pas réussi à travers les Arabes amis de la France à établir le dialogue. Aussi, demande-t-il au Dr Ghoulem BERRAH, connaissant les liens du Président HOUPHOUËT avec la France, de lui transmettre le message suivant: « je compte par conséquent sur vous et sur vous exclusivement pour continuer à œuvrer afin de nous aider à dégeler la situation et dans l’intérêt autant de la France que de la Somalie. Je suis sûr que vous réussirez, sachez que de nôtre côté, vous avez carte blanche pour agir et négocier en nôtre nom » et, de conclure en affirmant, « parce que vous avez accepté d’être médiateur, que nous avons foi en vous, nous nous engageons à accepter ce que vous aurez arrêté avec la France et à le respecter scrupuleusement que ce soit juste ou pas, pourvu que cela vienne de vous ».


La confiance dont jouit Dr BERRAH auprès des chefs d’Etat, la confiance et l’autorité morale et politique dont bénéficient le Président HOUPHOUËT, ont permis d’apporter une contribution à la résolution de ce conflit(le 27 juin 1977 Djibouti est indépendante. Elle garde une importance stratégique pour la France qui y conserve une base militaire).

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L’importance stratégique du Port de Berbera dans la guerre froide est capitale à cause de sa situation dans le golfe d’Aden qui donne accès au golfe persique d’une part et à l’océan indien d’autre part. Avant 1969, la Somalie reçoit l’assistance militaire à la fois des Etats-Unis et de l’Union Soviétique. 


En 1969, Siad BARRE accède au pouvoir par un coup d’état militaire et établit en Somalie une République socialiste scientifique. L’Union Soviétique devient le plus grand fournisseur de matériel militaire. 


En 1972, le Ministre de la défense de l’URSS, en visite en Somalie, signe un accord pour améliorer et moderniser le Port de Berbera et obtient en retour, un accès aux facilités de ce port, ce qui donne aux soviétiques une présence stratégique importante pour contrer les activités militaires américaines dans la région. 


En 1974, un traité d’amitié et de coopération avec Moscou entraîne une livraison importante   d’armes soviétiques à Mogadiscio et accroît le nombre de conseillers militaires tandis qu’une grande partie de l’armée somalienne reçoit sa formation en Union Soviétique. Le Président HOUPHOUËT, à travers son conseiller, le Docteur Ghoulem BERRAH essaie de convaincre le Président Siad BARRE de s’éloigner de l’Union soviétique. 


Le  30  juin 1975, « le  Baltimore  Sun »  rapporte  que  la  veille, un  groupe  de  reporters  internationaux, invité pour démontrer l’absence de base de missiles soviétiques, s’est vu refuser l’accès au Port de Berbera afin d’inspecter certaines installations. Le Docteur Ghoulem BERRAH se rend le 4 juillet à Mogadiscio pour rencontrer le Président Siad BARRE. 


Ce dernier lui demande de transmettre le message suivant au Président HOUPHOUËT, « certains américains ont dit que nous avons une base à Berbera. Berbera est un port somalien ouvert à tous nos amis. Les Français, les Italiens ont déjà utilisé facilités à Berbera et tous les autres amis sont les bienvenus pour utiliser nos facilités, toutes nos facilités ». 


En 1977, pendant la guerre de l’Ogaden, l’Union soviétique apporte son soutien à l’Ethiopie. Le Président Siad BARRE réagit en mettant fin au traité de coopération et expulse tous les conseillers militaires soviétiques. C’est ainsi qu’il se tourne vers le Président HOUPHOUËT et son conseiller pour informer les Etats-Unis qu’il est prêt à leur céder le port de Berbera. 


Le Docteur BERRAH se rend à Riyad les 3-4 janvier 1978 où le Président CARTER, en visite auprès du Roi KHALID et du Prince FAHD, pour le rencontrer et lui remettre la lettre du Président Siad BARRE. Les pourparlers commencent en 1979 et c’est le 22 août 1980 que les Etats-Unis et la Somalie signent un accord pour l’utilisation des facilités militaires du Port de Berbera.



DR BERRAH : UN HOMME SANS BARRIERE RELIGIEUSE, SANS BARRIERE HUMAINE


Fidèle à sa foi dans le dialogue, le Docteur Ghoulem BERRAH l’applique à tous les domaines. Musulman fervent ayant accompli neuf fois le grand pèlerinage de la Mecque(le Haj), contributeur à la construction de plusieurs mosquées et d’une église, le Docteur BERRAH a reçu à sa table, davantage d’hommes d’église(archevêques, évêques, prêtres)  que  d’imams. 


Un de ses amis les plus proches qu’il appelle son frère est son Excellence, Monseigneur Mullor GARCIA(ancien nonce apostolique en Côte d’Ivoire), proche collaborateur du Pape JEAN PAUL II, et actuellement membre au Vatican de la Congrégation des Saints. Le Dr BERRAH a rencontré tous les papes de son époque: SS PAUL VI, SS JEAN XXIII et de nombreuses fois SS Jean PAUL II. 


Il est également ami de l’OPUS DEI dont il a rencontré les Prélats. C’est en tant que musulman qu’il se rend au Vatican en 1990 pour convaincre le Pape JEAN PAUL II de la nécessité absolue de son déplacement en Côte d’Ivoire pour la consécration de la Basilique Notre-Dame de la Paix construite par le Président HOUPHOUËT-BOIGNY à Yamoussokro. Les détracteurs ont invoqué le mécontentement des musulmans en plus grande nombre que les catholiques en Côte d’Ivoire pour empêcher son déplacement. 


A toutes les critiques, le Docteur BERRAH a répondu « pour les musulmans de Côte d’Ivoire, il n’y a rien de trop grand de trop beau pour Dieu ». Le Saint-Père, dans son homélie le 10 septembre 1990, remercie les Imams de Côte d’Ivoire pour leur présence dans la Basilique. Le Dr BERRAH a franchi toutes les barrières sur lesquelles trébuchent encore la majorité des êtres humains. 


Artisan de justice et de paix, en 1963, alors qu’il est encore aux Etats-Unis, il participe en tant que membre du N.A.A.C.P.(auquel il a adhéré pour expliquer la guerre d’Algérie) à la célèbre marche de Washington avec Martin LUTHER KING pour les droits des Noirs. Blanc aux yeux d’un bleu intense, musulman, son épouse qu’il a rencontrée il y a 40 ans, est Noire originaire d’Afrique sub-saharienne et catholique pratiquante. 


Le Docteur Ghoulem BERRAH s’est retiré de la vie politique en 1993 à la mort du Président HOUPHOUËT et est retourné aux Etats-Unis. Une exception est faite à son retrait de la vie politique. Convaincu que la majorité des problèmes du monde trouve un début de solution aux USA, il est important que ce pays ait à sa tête un président qui ait une bonne compréhension du monde. 


C’est ainsi que, séduit par la politique de dialogue avec tous les pays y compris les pays ennemis des USA annoncée par le candidat Barack OBAMA aux élections présidentielles américaines, il a mené une campagne passionnée  pour le candidat démocrate dans le Sud de la Floride, ce qui lui a valu une lettre de remerciement du Président élu et de son épouse et une invitation à sa prestation de serment le 20 janvier 2009 à Washington. Une fois  le Président installé, le Dr BERRAH lui écrit régulièrement pour lui  faire part de ses suggestions.


Le Docteur BERRAH s’est éteint le vendredi 4 mars 2011 à son domicile de Floride. Comme il a vécu, à ses funérailles se sont retrouvés au cimetière musulman, proches et amis de toutes les confessions, musulmane, chrétienne et juive.


Alley DJOUKA, Docteur en droit-Avocat à la Cour (Extrait de l'autobiographie du Docteur Ghoulem Berrah – 

Un Rêve Pour La Paix)

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